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Réviser un loyer avec l'indice de référence des loyers

Immeuble d'habitation dont les loyers sont indexés chaque année

La révision du loyer est l'augmentation annuelle qu'un bailleur peut appliquer en cours de bail, dans la limite de l'IRL, l'indice de référence des loyers publié chaque trimestre par l'INSEE. Augmenter le loyer suppose une clause au contrat, un calcul précis et un délai d'un an à ne pas laisser passer.

À vérifier avant de réviser

  • Sans clause de révision mentionnée au bail, aucune augmentation annuelle n'est possible : la base légale, la loi du 6 juillet 1989, ne l'impose pas, elle l'autorise si le contrat de location la prévoit.
  • En pratique, le calcul porte sur le loyer hors charges et sur le trimestre de référence indiqué au bail, jamais sur le dernier indice publié.
  • Le bailleur dispose d'un an pour manifester sa révision, par une simple lettre d'information au locataire. Passé ce délai, il est réputé y avoir renoncé pour l'année écoulée, sans rattrapage possible.
  • Un logement classé F ou G au diagnostic de performance énergétique ne peut plus voir son loyer révisé.

Ce que mesure l'indice de référence des loyers

L'IRL est un indice trimestriel calculé et publié par l'INSEE, l'Institut national de la statistique et des études économiques. Il correspond à la moyenne, sur les douze derniers mois, de l'évolution des prix à la consommation hors tabac et hors loyers. Son mode de calcul actuel date de 2008 : il a été conçu pour que l'augmentation annuelle du loyer suive l'inflation générale sans se nourrir de la hausse des loyers elle-même.

Quatre publications par an, une par trimestre, environ deux semaines après la fin du trimestre concerné : à la mi-janvier pour le quatrième trimestre, à la mi-avril pour le premier, à la mi-juillet pour le deuxième, à la mi-octobre pour le troisième. Chaque valeur de l'IRL est consultable gratuitement sur le site de l'INSEE, qui conserve aussi l'historique complet depuis 2005.

Ce calendrier a une conséquence directe sur la date à laquelle une révision peut être calculée. Un bail dont le trimestre de référence est le quatrième ne peut pas être indexé avant la mi-janvier, puisque l'indice n'existe pas encore. Attendre quelques jours vaut mieux qu'utiliser l'évolution du trimestre précédent, qui donnerait un montant faux.

Deux conséquences pratiques pour un bailleur particulier. D'abord, l'indice IRL ne se devine pas : il faut aller lire sa valeur pour le trimestre concerné, par exemple celui de janvier pour un bail calé sur le quatrième trimestre, et celle du même trimestre un an plus tôt. Ensuite, la variation d'une année sur l'autre constitue un plafond, pas une obligation. Rien n'interdit par exemple d'appliquer une hausse plus faible, ou de renoncer à la révision pour maintenir un bon locataire en place.

L'indexation ne concerne par ailleurs que les baux soumis à la loi du 6 juillet 1989, c'est-à-dire la résidence principale, qu'il s'agisse d'un logement vide ou meublé. Un bail commercial, un bail professionnel ou une location saisonnière relèvent d'autres indices et d'autres règles.

La clause de révision, condition préalable

C'est le point que la plupart des litiges révèlent trop tard. La révision annuelle n'est pas un droit automatique du bailleur : elle doit être prévue par une clause du bail d'habitation, avec la mention du trimestre retenu. Un contrat de bail muet sur ce point interdit toute augmentation en cours de location, quelle que soit l'inflation.

La clause figure dans tous les modèles courants, y compris ceux distribués par les associations de propriétaires, et sa rédaction tient en deux lignes. Encore faut-il qu'elle ait été conservée à la signature du bail : les contrats de location rédigés à la main entre particuliers, ou recopiés d'un ancien modèle, l'omettent régulièrement.

La règle vaut pour un logement vide comme pour une location meublée, les deux relevant du même texte. Le bail mobilité fait exception : sa durée maximale de dix mois exclut par construction toute révision annuelle.

Quand la clause existe, la révision intervient une fois par an, à la date convenue au contrat. À défaut de date précisée, c'est la date anniversaire de la signature du bail qui s'applique.

Calculer le nouveau loyer

Le montant du loyer révisé s'obtient par la formule suivante, inchangée depuis la création de l'indice :

Nouveau loyer = loyer en cours hors charges x (IRL du trimestre de référence de l'année en cours / IRL du même trimestre de l'année précédente)

Prenons par exemple le loyer d'un logement loué 800 euros hors charges, dont le bail retient le deuxième trimestre. Si le nouvel indice de ce trimestre vaut 145,00 cette année contre 142,00 l'an dernier, il suffit de calculer 800 x 145,00 / 142,00, soit 816,90 euros. Le loyer mensuel augmente donc de 16,90 euros, et l'augmentation annuelle atteint un peu plus de 200 euros.

Élément du calcul Où le trouver
Loyer en coursDernière quittance, montant hors charges uniquement
Trimestre retenuClause de révision du bail
Indice de l'année en coursSérie publiée par l'INSEE, trimestre concerné
Indice de l'année précédenteMême trimestre, année antérieure

Trois précautions rendent le résultat incontestable. Le montant retenu est celui du loyer nu : les provisions pour charges locatives se régularisent chaque année sur les dépenses réelles et n'entrent jamais dans l'indexation. Le résultat s'arrondit au centime. Enfin, la hausse s'applique à compter de la date de révision prévue au bail, pas à compter du courrier qui l'annonce.

Le trimestre de référence, premier piège du calcul

L'erreur la plus fréquente consiste à prendre le dernier indice paru plutôt que celui désigné par le contrat. Les deux coïncident rarement, et l'écart se traduit en euros sur toute la durée du bail.

Le trimestre retenu est fixé une fois pour toutes à la signature. Quand le bail le mentionne, on s'y tient. Quand il reste muet, c'est le dernier indice publié à la date de signature qui fait office de référence, et ce même trimestre sera repris chaque année.

Une conséquence en découle, souvent mal comprise : deux logements voisins signés à quelques semaines d'intervalle peuvent voir leur loyer augmenter de pourcentages différents la même année, simplement parce que leurs baux ne pointent pas vers le même trimestre. Ce n'est ni une anomalie ni une faveur, c'est le fonctionnement normal de l'indexation.

Où vérifier l'indice et contrôler son calcul

Trois sources publiques suffisent, et aucune n'est payante.

  • La série de l'INSEE. C'est la source primaire : l'Institut national de la statistique et des études économiques y publie chaque valeur de l'IRL et son évolution sur un an. C'est elle qu'il faut consulter quand un écart apparaît entre deux calculs.
  • Les simulateurs officiels. L'ANIL et l'Institut national de la consommation mettent en ligne un outil de calcul gratuit. Utiliser ces outils sert de contrôle, jamais de justificatif : c'est le calcul détaillé qui s'écrit dans le courrier.
  • Les ADIL. Les agences départementales d'information sur le logement renseignent gratuitement bailleurs et locataires, y compris par téléphone, et tranchent les cas particuliers mieux qu'un simulateur.

Un propriétaire qui gère plusieurs biens locatifs gagne à noter le trimestre retenu par chaque contrat dans un tableau unique, avec la date de révision correspondante. Les logiciels de gestion locative le font automatiquement, mais une simple feuille de calcul suffit pour trois ou quatre logements mis en location.

Les professionnels de la gestion locative utilisent exactement la même méthode : il n'existe aucun indice réservé aux agences, ni aucune démarche à accomplir auprès d'une administration pour réviser un loyer.

Questions courantes sur la révision annuelle

La révision est-elle obligatoire ?

Non. Elle constitue une faculté ouverte au bailleur lorsque le bail la prévoit, jamais une obligation. Beaucoup de propriétaires y renoncent certaines années, notamment pour conserver un locataire fiable dans un logement occupé depuis longtemps.

Faut-il l'accord du locataire ?

Non, et aucun avenant n'est nécessaire. La clause de révision figure déjà au contrat signé par les deux parties : le bailleur l'applique et en informe le locataire par écrit. Le locataire peut en revanche vérifier le calcul et contester une erreur.

Que se passe-t-il si le loyer n'a jamais été révisé ?

Le bailleur ne peut pas rattraper les années passées. Il repart de l'indice de référence de l'année en cours comparé à celui de l'année précédente, appliqués au loyer actuellement payé, et non au loyer d'origine du bail.

Un locataire peut-il récupérer un trop-perçu ?

Oui. Lorsque la hausse appliquée dépasse ce que l'indice autorisait, le locataire est fondé à en demander le remboursement. Les actions dérivant d'un contrat de bail se prescrivent par trois ans, ce qui laisse au locataire le temps de vérifier puis de réclamer.

La révision et l'encadrement des loyers se cumulent-ils ?

Dans les communes soumises à l'encadrement, la révision annuelle reste possible, mais elle ne dispense pas du respect des plafonds applicables au logement. Les deux dispositifs répondent à des logiques distinctes et se vérifient séparément.

Un an pour agir, et pas de rattrapage

Depuis la loi ALUR du 24 mars 2014, le bailleur dispose d'un délai d'un an à compter de la date de révision prévue au bail pour la manifester. Passé ce délai, il est réputé avoir renoncé à la révision pour l'année écoulée.

Deux précisions comptent. La révision ne joue pas rétroactivement : même manifestée dans le délai, elle prend effet à la date convenue et ne permet pas de réclamer un arriéré sur les mois antérieurs à cette date. Et la renonciation ne vaut que pour l'année concernée : le bailleur retrouve l'année suivante son droit d'indexer, en repartant du loyer effectivement payé.

La réponse à la question du délai tient donc en une règle simple : une révision se manifeste dans l'année qui suit sa date, sinon elle est perdue.

Une révision oubliée est plus fréquente qu'on ne l'imagine chez les bailleurs particuliers, qui gèrent un ou deux biens sans échéancier. Rattraper une révision oubliée tient en trois étapes : reprendre le loyer effectivement payé aujourd'hui, appliquer la variation de l'indice entre le trimestre retenu cette année et celui de l'an dernier, puis écrire une lettre indiquant le détail au locataire. La hausse ainsi calculée reste modeste, puisque toutes les années oubliées sont définitivement perdues.

Dans l'autre sens, un locataire à qui l'on réclame par exemple plusieurs années de rattrapage d'un coup est fondé à refuser. S'il a déjà payé, une mise en demeure écrite de rembourser le trop-perçu constitue la première démarche, avant toute saisine de la commission départementale de conciliation.

Les situations qui bloquent la révision

Plusieurs cas ferment la porte à toute augmentation, indépendamment de la clause et du calcul.

  • Le logement est classé F ou G. Depuis le 24 août 2022 en métropole, les passoires thermiques ne peuvent plus voir leur loyer indexé. Le diagnostic de performance énergétique du bien détermine donc directement ce droit, et sa date de réalisation fait foi.
  • Le bail ne comporte pas de clause de révision. Aucune indexation n'est alors possible avant le renouvellement du contrat.
  • Le délai d'un an est dépassé. La révision de l'année écoulée est perdue, sans possibilité de rattrapage.
  • L'indice a baissé. Une variation négative conduit en principe à une diminution du loyer si le bailleur applique la clause ; en pratique, il s'abstient le plus souvent de réviser cette année-là.

Un dernier point mérite attention pour les révisions portant sur des années antérieures. Entre 2022 et 2024, un plafonnement temporaire a limité la variation de l'indice retenue pour le calcul, avec des valeurs distinctes selon les territoires. Ce dispositif était provisoire : avant d'appliquer une hausse ancienne, il faut vérifier la règle en vigueur à la date de la révision concernée.

Sur quoi la révision repose, article par article

Trois articles de la loi du 6 juillet 1989 servent de base légale, et les confondre explique une bonne part des litiges.

  • L'article 17-1 porte la révision annuelle : il subordonne l'augmentation à une clause du contrat, la plafonne à la variation de l'indice et fixe le délai d'un an issu de la loi ALUR. C'est aussi lui qu'a modifié la loi du 16 août 2022 pour interdire l'indexation des logements les moins performants.
  • L'article 17-2 encadre la réévaluation au renouvellement du bail, lorsque le loyer est manifestement sous-évalué. Les conditions de preuve y sont bien plus lourdes, et le calendrier bien plus contraint.
  • L'article 17 régit la fixation du loyer à la mise en location et à la relocation, avec des règles propres aux communes en zone tendue.

Une lettre indiquant l'article sur lequel le bailleur s'appuie n'a rien d'obligatoire, mais elle a un impact réel sur la suite : elle montre au locataire que la démarche est fondée et lui permet de calculer de son côté. Sur ce point précis, un détail de forme évite souvent un mois de discussion.

Métropole, Corse et outre-mer

Pendant cette période de plafonnement, l'INSEE a publié des séries distinctes pour la métropole, pour la Corse et pour les départements et régions d'outre-mer. Un bailleur qui reprend une révision non appliquée doit donc vérifier quelle série s'appliquait à son logement, et non reprendre l'indice national par défaut.

Hors période de plafonnement, une seule série sert de référence sur l'ensemble du territoire. En cas de doute sur le régime applicable, la fiche Indice de référence des loyers du site officiel de l'administration recense les indices en vigueur, et les agences départementales d'information sur le logement renseignent gratuitement les particuliers de métropole comme d'outre-mer.

La lettre d'information au locataire

Aucun formalisme n'est imposé par les textes : un courrier simple suffit, et le recommandé n'est requis ni par la loi ni par la jurisprudence. Un écrit reste indispensable pour dater la manifestation de la révision, puisque c'est lui qui prouve le respect du délai d'un an.

Une lettre utile tient en quelques éléments : la date de révision prévue au bail, le trimestre de référence retenu, les deux valeurs d'indice utilisées, le calcul détaillé, le nouveau montant hors charges et la date à laquelle il prend effet. Joindre la copie de la clause du bail évite la moitié des échanges qui suivent.

La quittance du mois suivant reprendra le nouveau montant. Sur ce document comme sur la lettre, le loyer et les provisions pour charges restent présentés séparément : les confondre est la source d'incompréhension la plus courante entre bailleur et locataire.

Ce que la révision change sur la quittance

La quittance de loyer est le seul document que le locataire conserve d'un bout à l'autre de la location. Elle porte trace de chaque changement de montant, ce qui en fait la pièce de référence en cas de désaccord ultérieur sur une indexation.

Une quittance correctement établie distingue toujours trois lignes : le loyer nu, les provisions pour charges, et le total effectivement versé. Après une révision, seule la première ligne bouge. Un bailleur qui modifierait le total sans détailler la ventilation prive son locataire du moyen de vérifier le calcul, et s'expose à devoir le refaire des mois plus tard.

La remise de la quittance reste gratuite et de droit dès que le locataire la demande. Rien n'oblige à l'accompagner d'un justificatif d'indice, mais joindre une fois les deux valeurs utilisées évite en pratique la série de questions qui suit toute quittance dont le montant a changé.

Pour les bailleurs qui éditent leurs quittances à la main, l'étape la plus simple consiste à répercuter le nouveau montant dès le premier mois concerné plutôt qu'à régulariser plus tard : une quittance rectificative a rarement bonne presse auprès d'un locataire.

Ce que la révision ne recouvre pas

L'indexation annuelle ne permet ni de rattraper un loyer jugé sous-évalué, ni de répercuter des travaux. Un bailleur qui estime son loyer décalé par rapport au marché local doit distinguer trois mécanismes, que l'on confond souvent parce qu'ils aboutissent tous à augmenter le loyer.

  • La révision annuelle. Elle suit l'indice, s'applique chaque année et ne se discute pas : le calcul est mécanique à partir du loyer actuel.
  • La réévaluation au renouvellement. Elle suppose de démontrer, références de logements comparables à l'appui, que le loyer est manifestement sous-évalué. La procédure de réévaluation obéit à un calendrier strict et à un passage possible devant la commission de conciliation.
  • La fixation d'un nouveau loyer à la relocation. Entre deux locataires, la liberté du bailleur dépend de la commune : en zone tendue, le loyer du locataire précédent s'impose comme plafond, sauf exceptions limitées.

Confondre révision et réévaluation est l'erreur la plus coûteuse des trois, parce qu'elle conduit à réclamer une hausse sans en réunir les conditions, puis à devoir y renoncer.

Pour un propriétaire qui s'apprête à louer, la première question reste celle du niveau de départ. Une estimation du loyer réalisée avant la mise en location évite d'avoir à compter sur l'indexation pour corriger un montant mal fixé, ce que l'indice ne permet pas de faire.

Les obligations qui accompagnent la location, de l'entretien à la remise des documents annuels, relèvent quant à elles du statut de propriétaire bailleur et se préparent bien en amont de la première révision.

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